Le caravansérail des Égyptiens à Tripoli, Liban

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Rénovation 2019-2021

Le caravansérail a servi pendant des siècles comme terminus des caravanes qui empruntaient la route de la soie depuis l’Iraq, la Perse et la Syrie. Les chameaux étaient chargés de marchandises pour Venise, Alexandrie et d’autres ports de la Méditerranée. L’immeuble surprenant se trouvant quasiment en ruines aujourd’hui sera sauvé et restauré entre autre grâce à l’aide suisse et internationale.

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Situé en centre ville

Il est situé en plein centre de la ville ancienne qui dans son ensemble se trouve dans un état toujours bien préservé. Les Mamelouks l’ont érigé sur des fondations phéniciennes, romanes et byzantines. Il fait partie intégrante des souks d’esprit oriental.

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Rénovation écologique

On utilisera uniquement des matériaux sans danger pour l’environnement et les futures utiliseurs de l’immeuble, donc pas de vernis ni d’adhésifs toxiques, pas de polystyrène, etc. Rénovation antiallérgique – ambiance parfaite.

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Cour intérieure étonnante

L’espace sous l’arbre principal qui donne de l’ombre la fontaine où on abreuvait les chameaux à l’époque recommencera à prendre vie. Les commerçants actuels et les locataires resteront, ainsi que le producteur de savon à l’étage.

Photos de l'immeuble et de la cour

La façade extérieure avant rénovation (5.2018)

La cour avant rénovation (5.2018)

Le premier étage avant rénovation (5.2018)

Le Souk

Plans : façades, étages

rez-de-chaussée

Projet 3D de la cour après rénovation

premier étage

Progression du projet

Etat des lieux le 30 avril 2019

Projet de rénovation et de réhabilitation du caravansérail des Égyptiens à Tripoli, Liban, par Frank Beat Keller
Le caravansérail (en arabe : khan*) des Égyptiens compte parmi les monuments classés du Liban, et est placé sous protection nationale. Il a été construit vers la fin du quatrième siècle de l’hégire, soit dans les années 1300-1320, par les Mamelouks* qui venaient de conquérir Tripoli aux mains des croisés*. Ils détruisirent l’ancienne ville de Tripoli, ville certes portuaire mais fort difficile à défendre (zone où se situe aujourd’hui al-Mina), et transférèrent la cité au pied de la citadelle, située à cinq kilomètres de la mer. Là se trouvait déjà une petite colonie chrétienne installée sur des fondations bien plus antiques. Elle avait été érigée au croisement de la route venant de Damas et menant au port, que traversait le fleuve Abu Ali depuis des millénaires, avec la deuxième route principale reliant Beyrouth à Homs en Syrie. On ne perçoit point de vestiges des bâtiments de l’époque préislamique qui doivent avoir existé en ce lieu privilégié ; en effet, les pèlerins qui jadis recherchaient aide et protection auprès des divinités et dans les temples d’antan sur la colline achetaient des offrandes, se désaltéraient, créaient des souvenirs et se préparaient pour le voyage de retour. À cet emplacement se trouve aujourd’hui l’avenue Abdul Karim Ouaida, qui traverse l’ancienne ville puis bifurque de l’avenue Rachid Karame en longeant le fleuve.

Tripoli, ville nouvelle mamelouke du XIVème siècle
Aujourd’hui, Tripoli est la deuxième ville la plus riche du monde en termes de patrimoine architectural
mamelouk, après le Caire. Pendant la période de fondation de la cité, le gouverneur offrit les moyens
nécessaires pour construire plusieurs mosquées, des madrassas (écoles coraniques), ainsi que nombre de
bâtiments profanes. Toutes leurs façades sont ornées d’ablaq*, style architectural originaire de Syrie qui consiste en altération de pierres taillées noires (en basalte) et blanches (en calcaire local).
Lorsque les Mamelouks conquièrent la région el-Scham* depuis Constantinople et poursuivent leur chemin
vers l’Égypte, le commerce entre le Levant et la vallée du Nil fleurit. Le coton égyptien s’échange contre le mouton de Syrie et de Palestine, et contre les marchandises qui arrivent au bord de la Méditerranée à dos de chameau par la route de la soie*, depuis la Chine, l’Asie Centrale et la Perse.
Le caravansérail est initialement construit en tant qu’auberge, puis fortifié pour servir de magasin (de stockage), afin de protéger les marchands itinérants et leurs marchandises pendant des semaines voire des mois, périodes durant lesquelles ils attendent leur partenaire arrivant par voie maritime ou par le désert. Les chameaux sont déchargés dans la cour du khan, abreuvés à la fontaine et remis aux étables* les plus proches. Les biens sont stockés, vendus ou échangés immédiatement dans les magasins au rez-de-chaussée. Les marchands dorment dans de petites chambres au premier étage, sur leur propre natte.
Le fameux hammam* mamelouk de Tripoli, classé au même titre que le khan, est construit par Izzedin Albek (émir de Tripoli 1293 à 1298) dans le même style que le khan qui se trouve à deux pas. Il n’est aujourd’hui plus utilisé. À l’époque, les arcades du rez-de-chaussée du khan étaient ouvertes, comme dans tous les khans de ce type en Asie Mineure et dans la région el-Scham. Malheureusement, aucune inscription ne donnant des informations plus précises sur l’architecte, le fondateur ou la date de construction n’a été trouvée ; les témoignages datant des XIVème et XVème siècles n’apportent pas non de plus de données à ce sujet.

La conquête ottomane – le rôle de la puissante Roxelane
Ce n’est que deux cents ans après sa construction que l’on commence à trouver des traces écrites du khan dans les documents historiques, notamment dans un contrat d’achat/vente d’une pièce du caravansérail, conservée dans les archives ottomanes de la cour schari’a* de Tripoli. Il y est indiqué que la pièce faisait partie d’un waqf*, une fondation religieuse qui avait été établie par Haseki Sultan, par la “favorite du sultan”. Ce titre honorifique désignait l’Ukrainienne connue en Occident sous le nom de Roxelane (1503 env. à 1558) qui avait été enlevée de chez ses parents par des bandes criminelles errantes et mise en vente au marché des courtisanes-esclaves à Constantinople (actuelle Istanbul). Le légendaire empereur ottoman “Soliman le Magnifique” l’y acheta et l’intégra à son harem, où, à cause de ses aptitudes et son être, elle accéda rapidement au titre de favorite, préférée aux épouses légales. Peu avant son quarantième anniversaire, le sultan, probablement après la naissance de leur premier fils, l’affranchit, afin de pouvoir l’épouser légalement, ce qu’il fit immédiatement. Les années suivantes, elle devint sa partenaire chérie, consultée en affaires gouvernementales et jouissant d’une grande influence sur les affaires de l’empire. Elle devint la femme la plus puissante du monde, disposant de davantage de pouvoir réel de décision que les reines d’Angleterre et d’Espagne.
Elle s’orienta principalement vers le soufisme*, tendance religieuse valorisant le mysticisme, et elle s’intéressa surtout à encourager l’éducation et l’autonomisation des jeunes dans les grandes villes, telles que Constantinople, Damas, Jérusalem, le Caire et la Mecque. Elle fonda des madrassas et subventionna les oeuvres pieuses et charitables, qui, autrefois gérées par les ordres soufis locaux, purent redémarrer grâce à ces nouveaux financements. Roxelane s’occupa également de la restauration et de la remise en état du patrimoine bâti dans la région al-Scham et en Égypte.
Quelque temps plus tard, toujours durant la période ottomane, les arcades au rez-de-chaussée du khan furent refermées et fusionnées avec les magasins adjacents. La structure du khan demeure jusqu’aujourd’hui inchangée, y compris toutes les voûtes, à l’exception de deux murs porteurs qui ont étés remplacés par des poutres en acier datant de l’époque coloniale*. Pendant la période ottomane, les souks* voisins longeant les anciennes routes interrégionales prirent de plus en plus d’importance, et le khan fusionna avec eux.

Situation actuelle
Une partie des magasins au rez-de-chaussée est utilisée comme entrepôt (par des commerçants tenant des
boutiques dans le même souk), certaines pièces tiennent lieu de magasin de vente, et d’autres sont vides ou pleines de débris. À l’exception des quelques magasins loués ou sous-loués selon des contrats datant de l’époque coloniale ou des contrats modernes, la grande majorité du khan est utilisée par les propriétaires.
Une partie des pièces à l’étage est louée ou simplement occupée par le producteur traditionnel de savon, M. Sharkass, qui les utilise pour produire, vendre, stocker et surtout comme dépôt d’ordures. Toutes les pièces à l’étage sont soit vides, soit remplies de déchets. Le khan n’est pas habité ; il est fermé à clef pendant la nuit. Les pièces, à l’exception de certaines au rez-de-chaussée qui ont été restaurées par leur propriétaire, sont généralement en mauvais voire très mauvais état. Le toit n’est plus étanche, toutes les surfaces (sols, murs, parois, plafonds, voûtes, etc.) sont à l’abandon ou endommagées, les pièces sont partiellement en ruines et inutilisées depuis des siècles. Les câbles suspendus (courant, caméras de surveillance, communication) et la ferraille rouillée dominent l’impression générale, à l’extérieur aussi bien qu’à l’intérieur. Au rez-de-chaussée se trouvent 26 pièces, de 3 à 38 m² de surface chacune. À l’étage, 26 pièces également, de 3 à 20 m². La surface bâtie (espaces sans arcades, passages, cour) est d’une superficie d’environ 600 m² au rez-de-chaussée et 400 m² à l’étage.
Les fiches du cadastre énumèrent à peu près 300 propriétaires, et chaque pièce, quelle qu’en soit la superficie, est encore subdivisée en 2400/2400 (qarats). Certaines pièces appartiennent à un unique propriétaire (donc 2400/2400), tandis que d’autres sont partagées entre une trentaine de copropriétaires, les moins favorisés en possédant 1/2400. Certaines pièces sont possédées par un groupe d’héritiers, l’héritage n’ayant pas été encore distribué. Tous les propriétaires (à une exception près) habitent à Tripoli ou dans ses environs proches, et nous avons pu identifier une personne pour chaque pièce qui pourra se charger d’en représenter les intérêts. Certaines familles, ainsi que les deux waqfs privés dont chacun est propriétaire d’une pièce, se feront représenter par des avocat-e-s à Tripoli. Le waqf islamique principal de Tripoli possède un pouvoir de décision sur l’avenir du khan et il a le droit de facturer un pourcentage sur chaque transaction immobilière dans le khan.

Partenaires du projet de restauration et de réhabilitation du khan
La rénovation envisagée et le projet de rendre au khan son usage original d’auberge, tout en y instaurant une “boutique hôtel”, ont trouvé un excellent écho chez les autorités ainsi que chez les personnes chargées de prendre des décisions au niveau local et régional : le directeur de la Direction Générale des Antiquités à Beyrouth (organisme placé sous l’autorité du ministère de la culture, chargé de la protection des monuments classés du Liban) a promis son soutien, de même que le Maire de Tripoli et le président de la Chambre de Commerce de Tripoli et du Nord-Liban, ce dernier offrant entre autres de mettre à disposition les locaux de son institution pour les réunions importantes à venir.
Le gérant des awqaf apporte son aide dans les situations qui le lui permettent, et les responsables de
l’institution CDR (Council for Development and Reconstruction) chargée par le gouvernement de gérer des
projets similaires dans tout le pays nous offrent leur soutien en mettant à disposition la documentation nécessaire et de nombreux conseils. “L’Université libanaise, Section III, à Tripoli“ a mis à disposition des bases de travail élaborées dans les années 1990, et les archives de la cour islamique ont ouvert leurs portes à nos chercheurs. L’ambassade de Suisse est prête à fournir un soutien logistique.

Autonomisation et formation de réfugiés syriens
M. le Maire s’est déclaré en faveur de notre idée de profiter du chantier au khan comme lieu de formation pour des réfugiés de la Syrie afin qu’ils puissent, lorsqu’ils auront été rapatriés, employer leurs connaissances dans la future reconstruction des monuments classés dans leur pays en tant que spécialistes expérimentés.

Projet de restauration et réhabilitation : mesures et démarches préparatoires

1) Jusqu’au ramadan 2019 :

  • Élaboration de la liste des propriétaires actuels.
  • Identification d’une personne pour chaque pièce pouvant représenter les intérêts, avec nom, adresse, et numéro de mobile.
  • Identification d’une personne pour chaque pièce pouvant représenter les intérêts, avec nom, adresse, et numéro de mobile.
  • Élaboration de plans architecturaux exacts de la situation actuelle (2D, 1:100, autoCAD). Ces plans seront dorénavant utilisés pour établir et réaliser le projet.
  • Élaboration d’un modèle 3D, afin que la restitution permette de visualiser l’état du khan après travaux et soit intégrée au plan de développement.
  • Détermination d’un projet de réhabilitation du premier étage comme “boutique-hôtel” en tenant compte des restrictions imposées par le waqf (alcool interdit, autorisation de fumer dans la cour, etc.).
  • Élaboration d’un plan de développement pour la “boutique-hôtel”.
  • Au rez-de-chaussée, aucun changement de propriétaires ou de locataires n’est envisagé. Les propriétaires actuels décideront à leur gré comment ils souhaitent affronter l’avenir. Nous espérons que l’un des propriétaires au moins saisira l’opportunité de créer un café ou un petit bistro où les hôtes de l’hôtel pourront prendre le petit déjeuner. Pendant la journée, le café accueilleront les touristes et les habitants de la région à la recherche d’un endroit calme et soigné.
  • La rénovation des espaces intérieurs au rez-de-chaussée ne fait pas partie du projet ; elle sera à la charge des utilisateurs. En revanche, il est compris dans le projet d’ajouter du courant électrique, des câbles de télécommunication, de l’eau et des tuyaux connectés aux égouts.

2) Jusqu’en été 2019 :

  • Mise sur pied d’une proposition pour réunir les propriétaires dans une forme juridique légale.
  • Fondation formelle d’une association de copropriétaires de tout l’immeuble, dont les membres seront les responsables de chaque pièce (52 pièces, environ 42 représentants pour l’immeuble n°12, situé dans le quartier el-Haddid à Tripoli).
  • La première réunion des copropriétaires sera célébrée dans les lieux de la Chambre de Commerce, et y assisteront M. le Maire et le Président de la chambre de commerce. Tous les copropriétaires seront informés de l’avancement de la situation et des plans pour l’avenir, et seront invités à discuter ouvertement du sujet.
  • L’assemblée sera formellement créée dès la réunion suivante. Les membres présents éliront le comité directeur (5 membres élus sur les 42 copropriétaires). Un avocat tripolitain très expérimenté dans le domaine de l’immobilier et entretenant de bons contacts avec les familles propriétaires ainsi qu’avec l’awqaf islamique se charge de préparer les procédures juridiques.
  • À partir de cette date, la direction du projet prendra chaque décision avec le comité directeur.
  • Nous trouverons des moyens et des processus institutionalisés pour tenir en compte les opinions et les voeux des copropriétaires ; un forum de discussion permettra aux copropriétaires de communiquer entre eux, et une voie directe entre l’ensemble des copropriétaires et le comité sera mise en place. La collaboration entre les copropriétaires et la direction du projet sera strictement guidée par un esprit ouvert, démocratique et orienté vers le consensus.

3) En automne 2019 :

  • Réalisation des estimations de valeur pour chaque pièce à l’étage.
  • Mise sur pied d’un processus formalisé de médiation en cas de différend entre les copropriétaires. Le but de ce processus sera d’établir une base sur laquelle se calculera la hauteur du prix de location entre les propriétaires et la gérance de la future “boutique hôtel.

4) Jusqu’à la fin de l’année 2019 :

  • Conclusion d’éventuels contrats d’achat/vente ; inscription au cadastre.
  • Conclusion des contrats (provisoires/sous réserve) entre les copropriétaires et un représentant de l’exploitant de la future boutique-hôtel.

Projet de restauration et de réhabilitation : plan d’exécution des travaux
5) 2020 :

  • Élaboration des plans définitifs par la direction du projet (Ethno-Expo sàrl)
  • Demande de permis de construction
  • Conclusion et résultat positif des négociations avec la Direction Générale des Antiquités.
  • Établissement d’un plan d’exécution des travaux avec ses étapes.
  • Utilisation exclusive de matériaux écologiques et durables.
  • Approvisionnement d’énergie pour le khan à base d’énergie solaire, projet phare pour d’autres projets similaires au Proche-Orient.

6) 2020 :

  • La direction du projet cherchera et trouvera les fonds nécessaires : des investisseurs privés, l’exploitant de la future “boutique-hôtel”, ainsi que des sponsors, des mécènes et des fonds d’aide et de sauvegarde du patrimoine internationaux.

7) 2020/21 :

  • Exécution de la rénovation en importunant le moins possible les exploitants actuels.
  • Réalisation de la transformation de l’étage en “boutique-hôtel” en gardant une petite superficie pour l’exploitation du savonnier traditionnel établi.

8) 2022/23 :

  • Vernissage officiel et conclusion de l’engagement d’Ethno-Expo sàrl..

Sponsors & Patronage